Le choeur principal
Le choeur est composé d'une travée de plan rectangulaire voûtée sur une
croisée d'ogives très primitive, constituée de gros tores reposant sur
des consoles tronconiques en forme de tête, et d'une abside
semi-circulaire voûtée en cul de four. L'abside comprenait trois
fenêtres à l'origine. Les vitraux actuels datent de 1983. Oeuvre d'un
atelier nancéien, ils représentent les symboles des quatre
évangélistes. La fenêtre centrale a été remplacée, peut-être dès
l'époque de la construction de la nef nord, par une fenêtre à arc brisé
surmonté d'un
gâble. Elle a fait ensuite place à
une porte menant à la sacristie. Côté sud de cette abside, une
double niche a été ménagée dans
l'épaisseur du mur, avec deux vasques à écoulement. C'est une
piscine liturgique, dont l'emploi
s'est arrêté au début du XIIIe siècle.
Une
grande niche voûtée ménagée dans le mur nord de la travée du choeur
était réservée au banc des seigneurs (plan du XVIIIe siècle).
L'abside nord et la
croisée d'ogives
Le
choeur nord est abrité directement dans l'abside, voûtée sur un cul de
four aplati. A l'intérieur, cette abside est inscrite sur un plan
semi-circulaire mais à l'extérieur, c'est un simple quart-de-rond qui
flanque l'abside principale. Sous cette abside, on trouve une pièce
souterraine, longtemps utilisée comme ossuaire. Cette abside est-elle
réellement postérieure à l'abside principale même si elle correspond à
la nef du XIIIe siècle ? Elle comprend deux fenêtres, une latérale et
une dans l'axe qui n'ont sans doute pas été modifiées.
En avant de cette abside, un
espace voûté d'ogives,
de plan carré, semble répondre à la travée du choeur principal, mais il
communique directement avec la nef nord et la nef principale, et se
trouve plutôt dans la position d'une amorce de transept. Sa
voûte
d'ogives entre bien dans le style gothique, contrairement à
celle du
choeur principal.
Les nefs
Les deux nefs les plus anciennes, centrale
et nord, sont couvertes de
plafonds peints et n’ont sans
doute jamais
été voûtées. Trois grandes arcades les séparent.
Les deux arcades en tiers-point
reposent
sur une grosse pile ronde coiffée d’un chapiteau très plat, à feuilles
appliquées, contemporaine sans doute de la construction de la nef nord.
En revanche, l’arcade proche du choeur principal a fait
l’objet d’une restauration au XVIIe siècle. Sur un pilier de style
classique, repose un arc en plein cintre daté de 1618 sur la
clef d'arc.
La nef sud, qui date de 1895, est couverte d’un plafond en
caissons. Elle est séparée de la nef centrale par trois arcades en
plein cintre qui font face aux arcades anciennes, dans un
style néoroman. Elle se termine
par
une abside en cul de four. Dans la travée précédant cette abside,
un orgue a été posé en 1910.
La base du clocher et
l’espace entre les deux tours
La base du clocher, voûtée en berceau, s'ouvre sur la nef par une baie
cintrée munie d'impostes romanes très mutilées. Au-dessus, la grande
arcade en plein cintre est de facture récente. Une corniche sur chaque
mur latéral semble pourtant lui correspondre comme pour ménager une
tribune dont le sol a aujourd’hui disparu. L’autel placé là depuis peu
et donnant ainsi au clocher le statut de westwerk, est l’ancien
maître-autel.
L’angle entre la tour carrée et la nef sud montre le piédroit à cordon
torsadé d’une ancienne porte dont on distingue la trace sur le plan du
XVIIIe siècle.
A l’entrée de l’église, à droite entre les deux tours, s’ouvre un
espace semblable à la base de nombreuses tours-porches. Cet espace
était appelé par les anciens du village le
petit moti,
autrement dit la
“petite église” en patois local. Une voûte en berceau transversal
supporte l’étage supérieur : il faut peut-être imaginer, à l'origine,
la même partition en deux étages à la base du clocher. Un deuxième
berceau, longitudinal cette fois, pris dans le mur épais du clocher,
abrite toujours les fonts baptismaux. Les fonts actuels, néo-romans,
datent probablement de l’agrandissement de l’église au siècle dernier.
Mais subsistait alors l'ancienne cuve baptismale octogonale,
contemporaine peut-être, vu son style, de la construction de l'église.
Cette cuve, reléguée dans le cimetière en 1855, conservée au presbytère
en 1908, a malheureusement disparu depuis. Elle consistait en une
pierre octogonale, sans pied, sans ornement, de 1,12 m de diamètre
extérieur et de 0,48 m de profondeur interne, d'une contenance de 300
litres (description de Bouteillé).
Les combles
On accède aux combles de l’église par les escaliers en bois de la tour
ronde. Après un premier étage en bois et le deuxième escalier, on
pénètre, par une ouverture en arc brisé, dans un espace surmontant la
nef nord, qui s’ouvre sur l’extérieur par de petites fenêtres qui sont
probablement d'anciens créneaux. Il est probable qu’au moment du
surhaussement du mur nord, cet espace n’était pas couvert, comme dans
l’église de Chazelles, et qu’il était occupé par les défenseurs. On
pénètre par une petite porte dans la salle surmontant la nef centrale,
espace couvert où se réfugiaient probablement femmes, enfants et
malades. Au fond, sur le mur surmontant l'arc triomphal du choeur, se
voit assez clairement l'ancienne élévation de cette partie de
l'édifice. Kraus, Wahn, architecte communal à la fin de l’annexion
allemande, et, après eux, Haefeli, y voient le reste d'une ancienne
tour en bâtière qui surmontait le choeur et qui disparut lors du
surhaussement de l'édifice. Hubert Collin pense que cette tour aurait
été étrangement basse et estime plutôt que le choeur et la nef
possédaient, à l'origine, deux toitures indépendantes, celle du choeur
étant plus élevée que celle de la nef.
Les témoins de l’édifice
ancien
Les différents remaniements de l’édifice, en particulier la
fortification, ont laissé çà et là les témoins de parties détruites ou
peut-être même d’une église plus ancienne.
- une pierre ronde, creusée à jour, avec un appendice à angle droit, a
été placée dans l'appareil de moellons en haut de la tour ronde, elle
permettait de surveiller la porte d'entrée de l'église. Tous les
auteurs pensent qu'elle peut provenir d'un édifice antérieur. Certains
précisent qu'elle peut être une pierre faîtière romane ayant coiffé le
pignon d'une construction plus ancienne ou le couronnement de la tour
du choeur disparue ;
- une pierre plate ornée d'une croix à branches égales, inscrite dans
un cercle, le tout en bas-relief, a été réutilisée pour réaliser
l'ébrasement de l'une des meurtrières placées à la base de la tour
ronde ;
- un fragment de colonne (?) sert d'assise au ressaut du mur nord à
l'endroit où il prend appui sur l'un des deux contreforts ;
- un fragment de frise à motif de feuillage à entrelacs était encore
visible au printemps 1990, au sommet du mur du cimetière, sur la face
extérieure, à quelques mètres à droite de l'entrée côté presbytère ;
il a disparu quand le mur a été crépi. Cette frise était-elle la partie
apparente d'une dalle remployée à cet endroit en guise de boutisse ? On
est tenté de la rapprocher de la frise cernant encore actuellement le
clocher.
- enfin, assez récemment, les travaux réalisées sur une tombe ont mis
au jour, à 1,50 m de profondeur environ et à quelques mètres au nord de
l'abside principale, une portion d'une substruction circulaire, concave
vers l'est : tour de défense symétrique de la tour ronde actuelle,
élément de l'ancien établissement des Hospitaliers ou élément plus
ancien
encore ? Il est certain que le talus sur lequel est construite l'église
et qui semble limité à la taille de l'îlot église-cimetière, fait
penser à un tertre artificiel ou du moins à une transformation du sol
naturel.
Faux témoins
D’autres éléments sont de faux témoins de l’édifice ancien. En effet
l’église a fait l’objet de nombreuses restaurations et aménagements au
cours des siècles, ce qui rend peu aisée la reconstitution de son état
originel.

Ainsi les quelques "retouches" apportées au clocher au XXe siècle
révèlent une certaine fantaisie. Des baies géminées ont été créées de
toute pièce sur la face est du clocher or elles sont absentes sur les
dessins de Boulangé en 1855. En revanche, de petites fenêtres
rectangulaires,
véritables créneaux, ont disparu de l'extrémité de cette même face du
clocher depuis la restauration des années 1940. Enfin, la trace d'une
ouverture en plein cintre qu'on distingue assez nettement dans le crépi
du mur ouest, à la hauteur des fenêtres à abat-son, ne correspond pas à
une ancienne fenêtre mais à l'ouverture ménagée à cet endroit en 1926
pour introduire les nouvelles cloches, hissées jusque-là à l'aide d'un
treuil.
D'autre part, ce clocher, couvert d'un toit à quatre pans sur les
dessins de Boulangé comme il l'est sur les photographies de début du
siècle et encore de nos jours, aurait été couvert d'un toit en bâtière
en 1889, au moment où H. X. Kraus en fait la description...
Le toit en poivrière qui couvre actuellement la tour ronde est une
création de 1909, date à laquelle le conseil municipal vote une somme
de 750 Marks pour relever la tour ronde et pour des défectuosités au
clocher. Mais dans la monographie rédigée par Alphonse Thorelle pour la
revue L’Austrasie en 1908, une photographie montre encore cette tour
couverte d’un toit à un pan.
Les années 1980 et 1990 ont vu de nombreux travaux dans et autour de
cette église : réfection du mur du cimetière, restauration des plafonds
des deux nefs anciennes, conception d’un nouvel éclairage à
l’intérieur comme à l’extérieur de l’édifice, construction d’un nouvel
ossuaire, restauration de l'orgue des frères Link.
L'église de Lorry en 1855
(Boulangé)
Chronologie de la
construction de l'église de Lorry et de ses
restaurations
- XIIe siècle : construction de l'abside principale, de sa nef et de la
tour carrée, dans le style roman ;
- début XIIIe siècle : construction de la nef latérale nord déjà
inscrite dans l'art gothique (croisée d'ogives, tympan trilobé) ;
- fin XIIIe-XIVe siècle : érection de la tour ronde ;
- du XIVe au XVIe siècle : poursuite de la fortification de l'église
avec surhaussement général de l'édifice ;
- XVIe siècle : peintures murales ;
- XVIIe siècle : restauration partielle de l'édifice, dont témoigne la
date "1618" sur la clef de l'arc proche du choeur ;
- 2 ou 3 novembre 1716 : incendie à l'église de Lorry ; pendant
quelques jours, le curé officie à Mardigny ;
- 1720 ca : pose d'un nouvel autel baroque en bois peint ;
- janvier 1732 :
raccomodage
des viltres de l'esglize aux frais de la
paroisse ;
- 1741 : l'église de Lorry est "interdite" parce que dangereuse jusqu'à
ce que des travaux soient entrepris ;
- mai 1741 : travaux de charpente aux frais des décimateurs ;
- septembre 1752 : travaux faits dans l'église et au clocher, à la
charge de la communauté de Lorry ;
- 1756-1758 : bénédiction de trois cloches ;
- 1851 : restauration de l'intérieur de l'église aux frais de M. de
Lemud, maire de Lorry-Mardigny ; mise au jour des anciennes peintures
couvertes par un enduit ;
- 1852 : pose du chemin de croix ;
- 1895 : construction de la nef latérale sud en style néo-roman ;
- 1902 : peinture des trois choeurs par un artiste allemand; Ed. Weltz ;
- 1908 : construction de la nouvelle sacristie sur l'emplacement de
l'ancienne ;
- 1909 : la tour ronde est relevée et coiffée d'un toit en poivrière ;
restauration du clocher ;
- 1910 : pose de l'orgue Link ;
- 1911 : pose du nouvel autel ;
- entre 1895 et 1910 : pose d'un mobilier divers : chaire à prêcher,
autels annexes, statues et leurs consoles en pierre, fonts baptismaux ;
- 1926 : une ouverture est ménagée dans le clocher, sur la face ouest,
pour l'introduction des nouvelles cloches ;
- décembre 1983 : restauration des plafonds des nefs centrale et
latérale nord ; pose de vitraux aux fenêtres du choeur central ;
- printemps 1990 : restauration des portions nord, ouest et sud du mur
du cimetière.
- été 1992 : nouvel éclairage intérieur ;
- 2004 : restauration complète de l'orgue Link ;
- 2008 : nouvel éclairage extérieur.
* * *
Bibliographie
:
AUDOUY (Françoise), “Les églises fortifiées du pays messin”, in Les Cahiers lorrains,
1985 n° 2, pp 119-141
BOULANGÉ (Georges), “Notes pour servir à la statistique monumentale de
la Moselle, Lorry-devant-Le-Pont-Mardigny”, in Mémoires de l’académie impériale
de Metz, 1855, pp 524-528
COLLIN (Hubert), Les
églises romanes de Lorraine,
Nancy, Société d’archéologie lorraine, Musée lorrain, 4 tomes,
1981-1986, (Lorry, t. 2 pp. 41-44, Mardigny, t. 2, pp. 60-61)
FAURE-AUDOUY (Françoise), Voyage
en Pays messin : villages et églises fortifiées.
Metz : Ed. Serpenoise. 2001
HAEFELI (Albert), Les
clochers fortifiés du pays messin : rive droite de la Moselle,
Metz, 1977, 102 p. (Lorry, pp 56-76)
KRAUS (Dr Franz Xaver), Kunst
und Alterthum in Elsass-Lothringen, Beschreibende statistik,
Fribourg, 1889, 4 tomes (Lorry-Mardigny : tome 3, pp 276-283)
THORELLE (Alphonse), Lorry-Mardigny autrefois Lorry-devant-Le-Pont (de
Mousson), l'Austrasie
n° 10, Metz, 1908, 28 p.