Les trois absides de
l'église de Lorry ont été
peintes en 1902 par Edouard Weltz. Ce jeune peintre munichois
s'est
inspiré des peintures précédentes datant du milieu du XVI
e
siècle.
1. Les peintures
actuelles
On les trouve principalement dans les
trois
absides. Elles s’inspirent, d’après Alphonse Thorelle, des restes des
peintures anciennes. Elles représentent :
abside principale
- sur la voûte en cul de four : une scène de jugement dernier
dans laquelle le Christ apparaît, dans une mandorle en forme de
losange, comme un Christ en gloire, assis sur
un arc-en-ciel. Il est entouré des animaux symboles des quatre
évangélistes
(l'ange de St Mathieu, le lion de St
Marc, le taureau de St Luc et l'aigle de St Jean), repris
par les vitraux récents du choeur (1983). Deux anges
sonnent l’approche du jugement dernier. 1. à la base du cul de four,
les
morts sortent de leurs tombes. Cette scène, d’après Alphonse Thorelle,
conserve religieusement
les tons et les dessins anciens ;
2. sur les voûtains de la croisée d’ogives : quatre grands
prophètes, Isaïe, qui parle du Messie souffrant, Jérémie, dont les
épreuves préfigurent celles du Christ, Ezéchiel, qui annonce le Bon
Pasteur, et Daniel, qui annonce l’arrivée du Fils de l’Homme ;
3. sur les murs de la travée de choeur et se faisant face : au
nord (à
gauche), Abraham part avec son fils Isaac pour l’offrir en
sacrifice, mais c'est un
agneau qu'il immolera finalement, signe que le Dieu d'Abraham refuse
les sacrifices humains ; Isaac porte les braises pour allumer le feu
du sacrifice ; cette scène de l'Ancien testament annonce, dans la
tradition chrétienne, le sacrifice que Dieu fait de son fils,
représenté sur la paroi opposée : le Christ porte sa croix
sous les yeux de son père ;
- sur l’arc triomphal, côté nef : la Croix,
saint patron de l’église, émergeant des nues (voir
autel du XVIIIe
siècle) et entourée de deux anges ; aux extrémités,
deux grands fondateurs
d’ordres du XIII
e siècle : François
d’Assise à gauche et
Dominique à droite ;
- sur l’intrados de l’arc triomphal : au centre, l’Agneau aux
sept sceaux cerné d’un nimbe crucifère et portant l’étendard de la
Résurrection ; au bas de l’intrados, un roi saint,
habillé d'un manteau à fleurs de lis et tenant un sceptre avec la main
de justice : Saint Louis ; lui faisant face, une
reine sainte portant la Croix : il s'agit d'Hélène, mère de l'empereur
romain Constantin, qui a retrouvé la sainte croix en Palestine ; les
saints Pierre et Paul se font face.
abside nord
- sur la voûte en cul de four : le couronnement de la Vierge.
Sous cette scène, quatre tableaux de la vie de Marie et
Jésus : l’Annonciation ,la Visitation, la
Nativité et la
Présentation de Jésus au Temple ;
- sur les voûtains de la croisée d’ogives : des Pères de
l’Eglise, Jérôme, Augustin et Grégoire le Grand. Leur est associé un
docteur de l’Eglise, Alphonse-Marie de Liguori, prédicateur et
théologien, qui se consacra à la rechristianisation des campagnes
(Italie, XVIII
e siècle). Pourquoi ce docteur
parmi les Pères de
l’Eglise : doit-on sa présence au poids des rédemptoristes au
moment de la réalisation des peintures dans une église dédiée à la
Sainte Croix, ou encore au prénom du curé de la paroisse, Alphonse
Thorelle ?
- sur la face extérieure de l’arc, le roi David joue de la harpe.
abside sud
- l’intrados de l’arc de choeur est consacré à trois saints en honneur
à Metz et dans le Pays messin : sainte Barbe, patronne du Pays
messin, saint Nicolas, patron de la Lorraine, et saint Etienne, patron
de la cathédrale. Leur est associé saint Louis de Gonzague, jésuite
italien, patron de la jeunesse, mort en soignant les pestiférés en 1591
;
- le cul de four nous montre Jésus protégeant les enfants ; de
part et d’autre, six apôtres : Philippe, André et Thomas à
gauche, Pierre, Jacques et Jean à droite ;
- sur la paroi gauche, Jésus au jardin de Getsémani ;
- le jeune Tobie est accompagné dans sa marche par l’ange Raphaël et
l’archange Michel éblouit Satan de son épée et le terrasse.
Les anges constituent le thème dominant des peintures de ce choeur.
En
dehors du thème de la Croix, à laquelle est dédiée l’église de Lorry,
et de la Vierge, à qui est consacré le choeur nord, la présence de
grands saints du Moyen Age, régionaux ou non, et de nombreux anges
situe bien la réalisation de ces peintures fin XIX
e-début
XX
e siècle.
On pourra remarquer la similitude de nombreux motifs non figuratifs
avec le programme
de la chapelle des Templiers à Metz, peinte en 1905.
Les deux nefs les plus anciennes, centrale et nord, sont couvertes de
plafonds peints.
2. Les
anciennes peintures
murales
Lors de la restauration de l'église réalisée en 1851, en repiquant
l'enduit qui recouvrait les murs intérieurs, on a mis au jour des
peintures, cachées sous plusieurs couches de badigeon mais
malheureusement trop dégradées pour que l'on ait jugé possible de les
conserver.
Il s'agit bien de peintures et non de fresques, comme à Sillegny.
Ces peintures auraient été réalisées au
cours du XVI
e siècle d’après la date 1537
découverte en 1851 sur l'arc
triomphal. Alphonse Thorelle, curé de Lorry-Mardigny de 1880 à 1913,
membre de l'Académie de Metz,
confirme que les fresques re-découvertes dans l’abside principale en
1895 vu le modelé des figures semblent être du XVI
e
siècle :
elles
seraient donc contemporaines de celles de
Sillegny, village voisin, où
elles sont datées de 1540.
Georges Boulangé et Alphonse Thorelle (cf bibliogr.) nous ont décrit
ces peintures du XVI
e
siècle :
-
sur le tympan de l’arc triomphal, deux personnages habillés de robes
vertes, agenouillés et portant un phylactère et des enroulements de
rubans peints en jaune qui descendaient vers les naissances de
l’arcature ;
- les voussoirs du petit appareil de l’arc triomphal du choeur étaient
peints alternativement en rouge et jaune ;
- l’abside principale montrait une scène de Résurrection ?
-
sur le cul de four de l'abside latérale nord, des traces de peinture
très dégradées pour G. Boulangé. A. Thorelle y a vu le
Couronnement de
la Sainte Vierge et à la voûte, le combat des anges ;
- sur le mur
gauche de la travée devant l’autel de la Vierge (travée voûtée sur
croisée d’ogives) : c’était la
peinture
la mieux conservée
qui
montrait, à la partie supérieure, les anges rebelles précipités aux
enfers ; au-dessous, une série de tableaux sur le thème de la
Genèse :
Dieu tenant de la main gauche le fruit de l’arbre de la science du bien
et du mal et Adam et Eve couchés dans le lointain, Adam et Eve au pied
de l’arbre, puis chassés du paradis terrestre, et enfin Dieu bénissant
un personnage à genoux ; à la partie inférieure, six
personnages
nimbés, trois de chaque côté de la fenêtre, parmi les quels, à droite,
un saint jouant du violon, probablement St Genès, le comédien,
martyr ;
-
sur le mur de la nef nord, entre la fenêtre et l’arc triomphal de
l’avant-choeur (croisée d’ogives) : dans un encadrement rouge
et sous
un arc trilobé, relevé en parenthèse au sommet et reposant sur deux
colonnettes bleues, on reconnaissait un personnage tenant un livre de
la main gauche et la crosse de la main droite, avec un phylactère posé
en bande ;
- sur la face intérieure du mur de la tour carrée,
faisant face au choeur, les traces d’un arbre de Jessé, donc dans un
emplacement similaire à celui de Sillegny ;
- enfin, sur le mur des
fonts baptismaux, figurait un Saint Jean-Baptiste dans le désert.
C’est à cet endroit que sont encore visibles les restes de ces
peintures.
Alphonse Thorelle note qu’on avait retrouvé des traces de peintures sur
tous
les murs.
La description
iconographique de cette page revient en partie à René Mayeur, ancien
curé de la paroisse.