Orchidées

ORCHIDACEAE

Fiche de présentation des particularités de cette famille

C’est Jean-Marie Pelt qui, dans ses cours, m’a fait découvrir ce monde fascinant des Orchidées, non pas seulement celles des pays exotiques, spectaculaires et d’une taille justifiant leur présence chez les fleuristes, mais aussi celles de nos pelouses calcaires qui, sous une taille beaucoup plus modeste, montrent la même sophistication dans les stratégies déployées pour attirer les insectes sans lesquels elles ne pourraient assurer leur reproduction sexuée.

Famille toute récente dans le grand mouvement d’évolution des espèces, elles offrent “une étonnante analogie avec le groupe zoologique humain, conquérant et prolifique !” (J.M. Pelt, Evolution et sexualité des plantes, 1970).

Leurs capacités d’adaptation leur ont permis de se répandre dans tous les milieux. En revanche, chaque espèce est inféodée à un milieu particulier, ici la pelouse calcaire et son sol sec, peu profond et pauvre : si cette pelouse calcaire était amendée avec des engrais, de nombreuses plantes disparaîtraient, parmi lesquelles, les orchidées.

Comme les Liliales, dont elles dérivent, les Orchidées sont des plantes à bulbes qui présentent 3 pétales. L’un d’eux, le labelle, se différencie par sa taille, sa forme, sa couleur, ses ornements, et surtout sa fonction qui est d’attirer l’insecte pollinisateur qui, visitant la fleur, sera amené à se charger de grains de pollen qu’il déposera sur une autre orchidée qu’il visitera, assurant ainsi la fécondation.

Une plante vivace

L’orchidée est une fleur vivace qui va pouvoir réapparaître chaque année, à partir des réserves de son tubercule ou rhizome. Le plant devient de plus en plus haut, d’année en année. Souvent, le nouveau pied de l’année grandit alors qu’est encore présente la hampe florale sèche de l’année précédente.  Pour que le cycle se poursuive, il faut que les feuilles puissent, par la photosynthèse, nourrir la naissance d’un second tubercule qui, l’année suivante, donnera à nouveau naissance à une plante. Si la sécheresse épuise la plante ou que quelqu’un cueille la plante, le nouveau tubercule ne pourra pas se constituer.

Orchis militaire avec la hampe florale de l'année précédente
Orchis militaire avec la hampe florale de l’année précédente

Reproduction sexuée

Comment attirer l’insecte ? C’est là que les orchidées déploient des trésors d’ingéniosité : parfois, le labelle par ses ornements ressemble à une piste d’atterrissage pour les insectes qu’il guide vers un éperon “nectarifère”, en fait un leurre pour que l’insecte passe sous les pollinies et se charge de pollen ; d’autres orchidées attirent les insectes avec un réel nectar ; chez d’autres espèces encore, le labelle ressemble étrangement à un insecte femelle, le mâle tentant de s’accoupler avec ce leurre va se charger de pollen ; quelquefois, l’orchidée va jusqu’à exhaler un parfum s’approchant de très près des substances chimiques émises par des insectes femelles pour leurrer de façon olfactive les insectes mâles.

Chaque orchidée attire donc, on le comprend bien, un insecte ou type d’insecte particulier, ce qui réduit ses chances de pollinisation. Si la fécondation s’effectue, elle aboutit à des graines très nombreuses mais minuscules, sans aucune réserve, qui doivent trouver un terrain favorable -ici de type pelouse calcaire- et s’associer dans le sol à un champignon particulier. Si les deux organismes -graine d’orchidée et champignon- sont en symbiose parfaite, donc équilibrée, une plantule va naître. La première fleur n’apparaîtra pourtant que quelques années plus tard…

Une bien longue et fragile histoire…

Reproduction végétative

Comme de nombreux autres végétaux, les Orchidées ont aussi la faculté de se reproduire par voie végétative : suivant les cas, c’est le rhizome qui s’allonge, ou un tubercule supplémentaire, qui peuvent générer plusieurs pieds à partir d’une première plante mère. Enfin certaines espèces sont munies de stolons peuvent aussi former des groupements.

Quelques cas probables de groupements dus à la reproduction végétative :

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Ces quelques éléments auront mis en évidence que la cueillette d’une orchidée met en péril le plant qui aurait dû renaître l’année suivante et qu’il est illusoire de vouloir transplanter un pied d’orchidée de pelouse calcaire dans son jardin puisqu’il n’y retrouvera pas l’environnement qui lui est nécessaire.

Les orchidées de la pelouse calcaire de Lorry forment un cortège qui peut aller jusqu’à 25 espèces suivant le recensement fait à l’occasion du classement du site naturel. Bien évidemment, la cueillette en est interdite comme elle l’est pour l’ensemble des espèces de plantes.