Première annexion allemande et Première Guerre mondiale

Annexion allemande de 1871-1918

La défaite de la France lors de la guerre franco-allemande de 1870-1871  marque une rupture importante dans l’histoire de la commune : de 1871 à 1918, Lorry et Mardigny deviennent allemands et font partie de l’Alsace-Lorraine (Elsass-Lothringen) annexée par l’Allemagne à la suite de la signature du traité de Francfort en 1871. La France doit payer à l’empire allemand une indemnité de guerre de cinq milliards de francs or et lui abandonner les territoires des actuels départements alsaciens et de la Moselle, les « provinces perdues ».

Extrait d’une carte de l’Empire allemand, dans un atlas allemand pour les écoles de 1899.

On reconnaît sous le nom de Lothringen, le département actuel de la Moselle.

La frontière passe sur la côte de Mardigny et sur le Froidmont, entre Mardigny d’une part, et Bouxières-sous-Froidmont, Champey-sur-Moselle et Vittonville d’autre part. Elle est matérialisée par des bornes frontière marquées D du côté de l’Empire allemand (Deutsches Reich) et F du côté de la République française.

 

L’une des premières décisions de l’empire est de changer le nom de la commune : Lorry-devant-le-Pont et Mardigny deviennent Lorry-Mardigny. Le droit d’option est peu utilisé par les habitants (droit de choisir de conserver la nationalité française, rapidement complété par l’obligation de quitter les lieux pour la France), la grande majorité d’entre eux demeure sur place. Au cours des cinq décennies, quelques jeunes gens de chaque génération partent vers la France, principalement vers Nancy ou Paris, probablement pour ne pas porter l’uniforme de l’armée allemande. Des jeunes filles rejoignent aussi Paris pour y être domestique ou travailler dans le commerce.

L’Empire allemand n’imposant pas une germanisation forcée dans cette commune francophone et les nouveaux venus allemands étant très peu nombreux, la population traverse cette période sans agitation particulière ; au niveau économique, la vigne trouve même des débouchés importants vers l’empire allemand.

L’église de Lorry fait l’objet d’une étude de l’administration allemande de l’architecture et elle est classée monument historique en 1889.

Alphonse Thorelle, curé de Lorry-Mardigny pendant cette période, est membre de plusieurs sociétés savantes. Il dynamise la vie culturelle de sa paroisse en créant une chorale et une fanfare. Il suit de près les travaux d’agrandissement de l’église de Lorry en 1895 et finance la construction de la nouvelle sacristie ; c’est toujours pendant cette période de l’Annexion allemande que les trois chœurs sont peints (1902), que l’on pose un orgue (1910) ainsi qu’un nouveau maître-autel (1911), une chaire à prêcher en bois sur une console en pierre et les autels des chœurs latéraux.

La germanisation ne réussit pas réellement à s’imposer. Les enfants apprennent l’allemand à l’école et ont aussi quelques heures de cours en français par semaine. À la maison, dans la rue, on continue de parler un français mélangé de patois. Dans les échanges entre le conseil municipal, le curé et la direction de l’architecture à propos des travaux à l’église de Lorry, les courriers venant de Metz sont en allemand mais ceux qui partent de Lorry sont en français.

La « chorale de Lorry-Mardigny » ou fanfare, devant la mairie, 1900 environ

Remarquer les inscriptions sur la façade, en allemand et en français

Première Guerre mondiale

Quand la guerre éclate en août 1914, c’est un drame pour les habitants de la commune : les jeunes hommes qui jusque-là déjà devaient porter l’uniforme allemand vont cette fois devoir se battre contre leurs frères français. En fait l’armée allemande les envoie d’abord de préférence sur le front est. Plusieurs d’entre eux tombent en Russie, Prusse orientale, Roumanie ; en 1918, certains tombent dans le Nord de la France ou en Flandre. D’autres, en revanche réussissent à rejoindre les troupes françaises.

On compte également deux victimes civiles.

Très vite le régime politique devient autoritaire et une germanisation complète est imposée en 1915 : le nom des deux villages est germanisé en Lorringen Mardeningen ; on efface les mentions en français sur la façade de la mairie ; les courriers échangés entre les soldats et leur famille doivent être écrits exclusivement en allemand. Les habitants de la commune subissent les restrictions d’approvisionnement imposées à tout l’empire, le pain noir (de seigle) en particulier  a cristallisé toutes les rancœurs.

Les deux châteaux sont occupés par l’armée allemande qui réquisitionne chevaux et fourrage.

Au printemps 1917, les cloches sont réquisitionnées pour fondre des armes. C’est évidemment un drame pour tous les habitants.

Les deux côtes font l’objet d’une fortification à grande échelle à partir de l’automne 1914 : blockhaus, tranchées, fil de fer barbelé. Dans les champs eux-mêmes, on voit des tranchées, des batteries, du fil de fer barbelé ; une voie étroite de chemin de fer traverse le terroir pour amener troupes et munitions jusqu’à la côte de Mardigny.

Les récoltes et les vendanges se ressentent de ces installations et des abandons de culture qu’elles entraînent.

La guerre provoque des destructions sur les bâtiments dans ses derniers mois, quand le front s’approche.